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Les Terres-Neuvas bretons : Qui étaient ces pêcheurs de l’extrême ?

© Antoine Soubigou
Écrit par
04 Apr. 18

Une photo jaunie par les années est posée sur l’étagère du salon. «- C’est qui ? – C’est mon grand-père, c’était un Terre-Neuva.». Sans savoir précisément ce que cela signifie, je trouve que ça en jette, d’avoir un grand père Terre-Neuva. Cette confidence a suffit à attiser ma curiosité. Qui étaient ces pêcheurs qui partaient à l’aventure des mois durant ? Pour répondre à cette question, plein phare sur les Terres-Neuvas bretons !

Les Terres-Neuvas en bref

Terre-Neuve est une grande île qui se situe au large de la côte atlantique de l’Amérique du Nord, soit pile-poil en face de la pointe bretonne. Inutile de plisser les yeux, main sur le front, depuis la pointe du raz, 3000 kilomètres nous séparent de Terre-Neuve ! Au sud-est de l’île, sommeillent des plateaux sous-marins, appelés grands bancs. Le courant du Labrador s’y mélange avec le Gulf Stream créant les conditions idéales pour nos amis les morues et autres coquillages & crustacés.

Terres-Neuvas, c’est le nom donné aux pêcheurs, principalement bretons et normands (même trempe donc !), qui, du XVIème au XXème siècle, quittaient nos côtes pour pêcher la morue sur les grands bancs de Terre-Neuves, c’est ce qu’on appelle aussi “la Grande Pêche”. L’équivalent de la ruée vers l’or en version plus iodée, c’est ainsi que nos Terres-Neuvas bretons partaient à l’assaut de la morue.

Les Terres-Neuvas ont puisé sans compter dans les bancs de Terre-Neuve pendant cinq siècles : un stock estimé à plusieurs millions de tonnes, constituant l’un des plus grands garde-manger de l’humanité ! Dans les années 90, un moratoire canadien a interdit la pêche à Terre-Neuve pour régénérer l’espèce. Il semblerait que ces pêcheurs de l’extrême aient été trop gourmands… c’est la fin des Terres-Neuvas !

Plein phare sur les Terres-Neuvas bretons

Les Terres-Neuvas, c’est cinq siècles d’aventure marine… Pas facile de résumer ! Le meilleur moyen de comprendre est encore de s’immerger dans cette atmosphère, qui se situe à peu près à mille lieux de nos vies ! Et si on embarquait avec le jeune homme de la photo au début du XXe siècle, à bord du chalutier Jacques Coeur direction Terre-Neuve ?

Jour de départ, le chalutier se balance paisiblement sous l’effet de la houle en attendant de prendre vie grâce à son équipage. Devant le Jacques Coeur, cinquante-huit hommes s’entassent sur l’embarcadère pour partir le temps d’une campagne de trois mois. Les plus jeunes ont une dizaine d’années, c’est le cas de notre papi Terre-Neuva ! Les familles se retrouvent sur le quai pour un dernier au revoir. Il est temps de quitter le port d’attache pour l’île de Terre-Neuve. Du bout de la jetée, les femmes et les mères fixent le bateau jusqu’à ce qu’il parte se cacher derrière l’horizon.

Comment vivaient les Terres-Neuvas bretons à bord ?

Pour chaque équipage, il y a les pêcheurs, mais aussi des techniciens, des mécaniciens, un cuisinier, un médecin, un capitaine et ses mousses. Avec autant de monde à bord, la cohabitation n’est pas de tout repos !

Les mousses, qui sont les plus jeunes recrues, sont les premiers levés et les derniers couchés. On leur confie les tâches les plus ingrates. Et non ! Contrairement à ce qu’on pourrait croire leur jeune âge ne leur permet pas de bénéficier d’un traitement de faveur !

A bord, on mange ce que l’on pêche. Et ce tous les jours… pendant toute la campagne ! Et puis à bord, il y a aussi l’odeur… Mais plus que tout, c’est l’absence de la famille, l’ennui, ses angoisses et sa solitude qui pèsent le plus sur le cœur des marins.

“En mer, le geste qui sauve, c’est le pied au cul !”

Terre en vue !

Après 8 jours de navigation, arrivée sur les bancs de Terre-Neuve. Un mur de brume épais défit le navire. Parce que non, Terre-Neuve n’est pas ce genre d’île qui rime avec palmiers et sable fin ! La mer y est glacée, parsemée d’icebergs, brumeuse et, comme si cela ne suffisait pas, elle se trouve sur la route des tempêtes tropicales. La corne de brume retentit pour signaler la présence de la terre au navire. Le froid est saisissant, comme l’impression de voir en noir et blanc. La couleur a déserté les lieux et le temps semble s’être arrêté. La “Grande pêche” des Terres-Neuvas bretons peut commencer !

Froid, humidité, rien n’arrête les Terres-Neuvas qui travaillent à découvert sur le pont. Le navire traîne un chalut d’une cinquantaine de mètres qui racle le fond de l’océan pour remonter plusieurs tonnes de poissons. Une fois les morues remontées à bord, pas de temps à perdre ! Chaque tâche est bien répartie : la morue est vidée, décortiquée, lavée, nettoyée, jetée en cale puis salée et empilée. Des journées de travail avoisinant les 18 heures… Rien que ça ! Quand on se rappelle que certains mousses ne sont encore que des enfants… le creux de la vague entre eux et nous semble incroyablement large et profond !

Il y aurait eu en tout 350 000 morts à Terre-Neuve. Il paraîtrait même qu’un certain jour, ce sont 70 navires qui ne sont jamais revenus. La rumeur court que pendant les guerres napoléoniennes, il y avait plus de morts à Terre-Neuve que sur les champs de bataille.

“Quand un pêcheur a faim, il mange un poisson. Quand la mer a faim, elle mange un bateau.”

Beaucoup de bretons comptent un Terre-Neuva dans leur arbre généalogique. Et désormais vous pourrez vous en vanter ! Car avec un petit peu de chance, vous avez hérité du caractère bien trempé de votre aïeul, et vous aussi, vous êtes un dur à cuire ! Et puisque vous avez maintenant envie de crier sur tous les toits, que, Ouais ! vous avez du sang de vrai loup de mer qui coule dans vos veines ! Rien ne vous empêche de le revendiquer haut et fort sur votre sweat-shirt… Merci au Breizh Club !

Pauline Millet

Pauline est une grande curieuse dont la soif de connaissance n'est jamais assouvie. Globe-trotter, elle a mis les voiles vers les quatre coins du monde, mais c'est en Bretagne que son cœur est ancré. Toujours une anecdote à raconter, elle est persuadée que rien n'arrive par hasard.

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