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Culture
18 décembre 2016

Qu’est-ce qui porte malheur sur un bateau ? La superstition chez les marins

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Aujourd’hui, explorons ensemble les arcanes du monde de la superstition chez les marins. En effet, marine et croyances forment, depuis la nuit des temps, un inséparable duo, une noce ambiguë.

Un monde où les symboles ne sont jamais anodins

Les marins, comme tous les voyageurs de l’extrême, vivent le monde comme appel. Les hommes de mer ont le goût des navires de nuit et des escales lointaines, des promesses d’un ailleurs à explorer. Il est un imaginaire marin auquel on ne peut se soustraire : celui des longs quarts de veille, des yeux clairs délavés par la lumière océanique, des rencontres éphémères et de la poétique du départ.

Au cœur de ces éléments constitutifs du quotidien en mer, il en est un qui accompagne la vie maritime depuis des temps immémoriaux : la fortune, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Partons aujourd’hui à la découverte de l’origine de la superstition chez les marins.

La superstition chez les marins : omniprésente dans une vie de dangers

À trop côtoyer la mer, cet élément sauvage et indomptable, les marins en ont perdu le sens de l’humour et parfois même, la rationalité. Aux heures les plus noires de l’éloignement, dans la solitude des jours passés loin de la vie terrestre, il est parfois difficile d’échapper à la nuit interne qui nous possède tous. Alors, on cherche un endroit où loger, sinon son idée du bonheur, du moins celle de la sérénité.

Les travailleurs de la mer se sont toujours appuyés sur des croyances pour lutter contre la terreur qui menace tout homme isolé face à l’immensité toute-puissante. Pour oser s’aventurer sur un élément aussi imprévisible que l’interminable océan, le marin s’entoure de nombreuses protections et faisait la part belle à la superstition.

Si la plupart n’a pas d’ancrage rationnel pour affronter la mer et ses exigences désarmantes, certaines croyances trouvent leurs racines dans des faits bien réels. Pour mieux comprendre les origines de la superstition chez les marins, en voici quelques exemples.

« L’animal aux grandes oreilles », grande superstition chez les marins

Le lapin doit être l’animal le plus détesté du monde marin. Jamais nommé mais toujours désigné par périphrases – dont la plus connue reste l’« animal aux grandes oreilles  -, il est la bête noire des hommes de mer, qui s’en défient plus que de tout autre.Vraiment dangereux, ce « cousin du lièvre » porteur de grands malheurs ?

Revenons quelques siècles en arrière, à l’origine de cette méfiance qui confine à la détestation.

Longtemps embarqué comme vivre – au même titre que volailles, porcs et légumineuses – pour les longues traversées, le « vous-savez-qui » rongeait l’osier de sa cage, avant de s’attaquer au chanvre des cordages qui arrimaient les mâts et retenaient les cargaisons, déséquilibrant le bateau. L’étoupe – dont le rôle était d’importance puisqu’elle empêchait les infiltrations d’eau – était également à son goût. Par excès de gourmandise, le rongeur aurait ainsi causé de nombreux naufrages. Ajoutons que la représentation symbolique médiévale l’associait au démon, et plus personne ne s’étonnera que quelques siècles en arrière, ce petit rongeur ( lagomorphe en réalité) ait provoqué la terreur des équipages.

Aujourd’hui encore, malgré l’évolution des mentalités et des outils de navigation, les marins évitent de prononcer son nom ou d’embarquer toute représentation de cet animal qui provoquait de véritables désastres.

À noter toutefois que la Chine n’a jamais eu d’appréhension particulière à l’encontre des lapins : à croire que les cages dans lesquelles ils étaient transportés étaient alors plus solides et que nos amis aux longues oreilles n’avaient pas le loisir de se faire les dents sur le chanvre.

L’éloignement de la vie terrestre rend vulnérable et encourage les croyances

Lorsque le corps est à bout et que le moral vacille, après des jours d’isolement complet, le marin résiste comme il le peut, concevant une impressionnante liste d’interdits et de comportements à tenir en mer, pour ne pas la provoquer et s’assurer le retour au port. Mauvais présages et bonne fortune rythment les journées et les nuits de ceux qui, isolés de tout, ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour garder le cap.

Ils se méfient de « l’Empêch », puissance occulte ainsi désignée qui empêche le bon déroulé des choses, rivalisent de stratagèmes pour s’attirer les faveurs des courants, du vent et des fonds marins, et se tatouent pour se protéger du mauvais sort.

Ces éléments – irrationnels – diffèrent d’une région du globe à l’autre. Notons également que du point de vue religieux, la mer a longtemps été associée au diable. Pourquoi ce lien ? Comme souvent, parce qu’il s’agissait d’un territoire méconnu, incontrôlé et incontrôlable, qui ne répondait à aucune règle humaine et sur lequel aucun Homme n’a jamais eu de prise.

Élément de discorde à bord : la femme

Jusqu’au XVIIIe siècle, la femme représentait un des dangers majeurs pour les équipages. Embarqués pour des traversées de plusieurs semaines, confinés dans un espace restreint et rongés par la frustration, les marins s’avéraient souvent incapables de gérer une présence féminine, véritable catalyseur de violence et de tensions, qui alimentait querelles, passions et jalousies, mettant le navire en danger.

Ainsi jugée responsable de tous les maux de l’embarcation, elle était d’ailleurs souvent malmenée et déconsidérée. Pour éviter ces situations extrêmes, une réputation s’est peu à peu imposée : la femme porterait malheur, mieux valait l’éviter. La croyance était lancée : aucun marin ne s’aventurerait plus à accueillir des passagères à son bord.

À l’heure actuelle, si la situation a évolué et que la marine compte – en plus des passagères – un personnel féminin toujours plus important, la navigation de pêche manifeste encore des réticences à embarquer des femmes.

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage prennent des albatros, vastes oiseaux des mers… » : Quand les oiseaux deviennent matière à superstition.

Au rang des croyances et de la superstition chez les marins, citons-en quelques unes connues du grand public : il va de soi qu’un bateau ne quittera jamais le port un vendredi, qu’il vaut mieux allumer sa cigarette à un briquet plutôt qu’à la flamme d’une bougie sous peine de causer la mort d’un marin et la corde – qui servait à pendre suite aux mutineries – n’existe pas en tant que telle à bord, étant remplacée par le « bout ». Les oiseaux océaniques sont, eux aussi, annonciateurs de bons ou de mauvais augures.

Mouettes et goélands portent l’âme des marins morts en mer dont les corps n’ont jamais été retrouvés, on leur doit donc une déférence absolue. Néanmoins, l’albatros, mal-aimé de la marine, est un animal ambigu porteur de bon ou de mauvais présage. S’il prend le vent, la mer sera bonne et les courants favorables, s’il se pose près du bateau, il attire le mauvais œil.

Quand la superstition chez les marins fait naître des coutumes

« Un navire qui n’a pas goûté au vin goûtera au sang »

Ce proverbe anglais explique l’origine de la vieille tradition marine qui veut qu’un bateau soit baptisé à l’alcool avant de prendre la mer.

Aux origines, le sang d’une victime était étalé sur la proue du navire, en offrande aux Dieux pour qu’ils accordent leur protection à l’embarcation et veillent à ce que la navigation se déroule sans encombre.

Puis, le rituel du sacrifice est délaissé au profit du vin: une bouteille était brisée contre la coque, avant que les mœurs n’évoluent et ne favorisent le champagne, symbole de fête et de chance dans les sociétés occidentales. Le naufrage du Titanic a d’ailleurs renforcé cette croyance, les bateaux de la compagnie White Star Line n’étant jamais baptisés avant leur mise à l’eau…

Petit précis de navigation à l’étranger : le sifflement, à utiliser avec modération

Autre superstition chez les marins : autrefois, l’équipage sifflait pour faire venir le vent lorsque la mer était à l’étale. De nos jours, les marins canadiens, anglais et russes n’apprécient pas trop que l’on siffle à bord. Selon eux, cela provoquerait la tempête…

Les pêcheurs écossais, quant à eux, ne prononcent pas le mot « chien », qui rendrait la pêche infructueuse, tandis que les marins américains hésitent à prendre le large s’ils aperçoivent un chat avant d’embarquer.

…Face à toutes ces conditions, il semble assez inespéré que des milliers de cargos, voiliers et chalutiers prennent la mer chaque jour et osent se colleter aux étendues marines !

Et pour toujours plus de culture bretonne, rendez-vous ici : 60 minutes pour échapper aux griffes du terrible Barbe-noire

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Marina Picard-Baillet

Conceptrice-rédactrice tout terrain, Marina aime varier les styles, les supports et les tonalités, et c’est drôlement utile. Elle pratique aussi l’équitation, et ça l’est moins. Elle est passionnée d'écriture, de langues étrangères, de mer et d'embruns, au point qu'elle a quitté Bordeaux pour venir s'installer en pays Breizh, compétences en bandoulière. Pour partager avec elle l’amour du web et de la Bretagne, faites lui signe sur mpb-miscellanees.fr.