© Wikipédia

La Bretagne jusqu’en Orient : l’épopée de Lawrence d’Arabie dans le Penthièvre

Le Penthièvre est une terre bretonne méconnue. Avec sa capitale, Lamballe, des paysages grandioses et des falaises spectaculaires, cette terre costarmoricaine a souvent été qualifiée de fief rebelle dans le jeu d’influence entre la Normandie, puis l’Angleterre, et la France. Les puissants comtes de Penthièvre, cadets des ducs de Bretagne, rayonnaient jusqu’aux portes du diocèse de Saint-Malo. Un aventurier rebelle se serait lui aussi inspiré de ce port d’attache pour explorer sa quête orientaliste. Découvrons l’histoire de Lawrence d’Arabie, qui a amené la Bretagne jusqu’en Orient.

Le mystère Lawrence d’Arabie dans le Penthièvre

Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie (1888-1935), célèbre colonel, originaire de Tremadoc au Pays-de-Galles, est connu pour son engagement dans la grande révolte arabe entre 1916 et 1918.

Ses séjours d’enfance sur la côte d’Emeraude sont aujourd’hui balisés à travers le circuit Lawrence d’Arabie de Dinard. Mais l’ardent téméraire Gallois a aussi cultivé d’autres ports d’attache. Jeune étudiant en archéologie à l’université d’Oxford, l’aventurier aux racines celtiques revient d’abord en Bretagne en 1908 dans le cadre d’un tour de France sur son vélo de course. Il y étudie la poterie médiévale vitrifiée au plomb ainsi que l’influence défensive de l’architecture militaire des croisades.

Un croquis de son périple breton a été retrouvé à l’hôtel du Midi, situé sur la commune de Châlus en Haute-Vienne. C’est là que Lawrence d’Arabie a fêté ses vingt ans.

Marchons ensuite sur les traces du passage de Lawrence d’Arabie dans le Penthièvre, port d’attache qui cultive des liens interceltiques mais aussi un grand dessein orientaliste.

En quoi le Penthièvre représente un port d’attache entre Orient et Occident ? 

Les sites incontournables du Penthièvre

En observant le parcours entrepris par Lawrence d’Arabie, trois principaux sites méritent de retenir l’attention de tous ceux qui voudraient marcher sur ses traces costarmoricaines : Lamballe, Château de la Hunaudaye, Moncontour.

Il était incontournable pour Lawrence d’Arabie de passer par les Côtes d’Armor sans remarquer les nombreuses chapelles, commanderies templières, églises ou abbayes qui jalonnent le territoire.

Monuments incontournables du Pays de Lamballe : le Château de la Hunaudaye mais aussi d’autres joyaux d’architecture médiévale comme la ville de Moncontour. Cette dernière fut d’abord une cité-forteresse chargée de défendre Lamballe, la capitale. Perchés sur un éperon rocheux et entourés de deux cours d’eau, les habitants étaient protégés par de solides remparts et pas moins de onze tours. Aujourd’hui, bien qu’il ne reste que leur partie basse, elles font le bonheur des amateurs d’architecture médiévale et des touristes ayant soif de culture.

Les influences du Penthièvre en Orient

Lawrence d’Arabie se serait aussi intéressé à la présence historique d’une communauté juive médiévale en Penthièvre. Cela marquera par la suite ses aventures au Proche-Orient et le redécoupage des frontières qui restent toujours d’actualité. Comme un voyage entre le pays de Lamballe et les pays du Levant, en découvrant le commerce florissant du « berlingue ». Il s’agit d’une toile de lin et de chanvre médiéval exportée jusqu’aux Indes et en Amérique du Sud.

Nourrie de cet orientalisme, la quête d’une rose des sables pourrait être liée à ces fleurons du patrimoine. Et plus particulièrement à une certaine Marie, ou « Madame de Lamballe », princesse de la Maison de Savoie qui a inspiré la constitution d’une loge d’inspiration féminine associée au Grand Orient. La rose et l’églantier sont fortement liés à Marie, parfois invoquée comme la Rose Mystique. On la retrouve ainsi à Lourdes, mais aussi dans de nombreuses légendes de statues miraculeuses dont le socle est fait de roses.

Le Penthièvre, berceau d’un “âge d’or breton” 

Le commerce de la toile de lin

Le périple breton de Lawrence d’Arabie offre un parallélisme avec ce que nous enseigne l’âge d’or breton. À savoir l’expansion du commerce par voie maritime et l’exportation des toiles de lin, fruit d’une alliance entre la terre et la mer, l’Armor et l’Argoat.

La Bretagne a toujours été prospère lorsque l’Armor et l’Argoat, la mer et la terre, se soudaient, et en quelque sorte se fertilisaient. Le Penthièvre rappelle ainsi cette idée d’âge d’or breton au XVIème siècle dans cette alchimie inédite, où l’Argoat produisait les toiles de lin pour les bateaux et l’Armor les exportait.

Le commerce des toiles de lin a été si florissant qu’il positionna la Bretagne sur l’échiquier maritime de l’Arc Atlantique. La circularité de cet âge d’or breton nourrit toujours notre présent. En effet, l’économie circulaire est au cœur de nos défis actuels. Lors de l’Exposition universelle de Dubaï, en guise de toiture, les coques renversées de trois bateaux sont venus orner la façade du pavillon Italie, dont le design gravitait autour du recyclage. Ce pavillon valorisait aussi l’utilisation d’algues pour capturer le dioxyde de carbone émis dans l’atmosphère par les millions de visiteurs et le métaboliser en oxygène.

Les évolutions de l’architecture médiévale

En Bretagne, Lawrence d’Arabie a été un observateur assidu des multiples facettes de l’architecture bioclimatique médiévale. Sa thèse présentée à l’université d’Oxford a établi que les croisés avaient implanté dans les défenses castrales le donjon roman à quatre faces mais cependant avec des modifications. Ils n’ont pas ajouté de contreforts comme c’était souvent le cas en France durant le XIIe siècle. Ils ont plutôt placé ce que l’on appelle des pierres à bossage, des demi-sphères en saillie destinées à dévier les projectiles et quartiers de roc projetés par les mangonneaux.

Lawrence voulut montrer que la différence principale venait de la rareté du bois au Levant. Cela avait obligé les constructeurs à séparer les étages par des plafonds en pierre. Alors qu’en Occident, on établissait encore des planchers en bois.

Le Penthièvre, un carrefour des civilisations

Le célèbre sarrasin, l’or noir venu d’Orient

Lawrence d’Arabie a également pu s’intéresser à d’autres richesses car la Bretagne dispose d’un terroir attaché à la fleur de blé noir. Venue d’Asie, importée des croisades en Orient, c’est notamment Anne de Bretagne qui l’a popularisée. Le Sarrasin deviendra pendant trois siècles un aliment de base pour les Bretons. Il pousse sur des sols pauvres, chasse les mauvaises herbes et permet une récolte en trois mois. Cela lui vaut le surnom de « plante des cent-jours ».

La poterie, une tradition bretonne

Au-delà de cette agriculture, Lawrence d’Arabie a étudié la poterie médiévale vitrifiée au plomb. Les Britanniques se sont toujours intéressés à ces transferts de connaissance autour du plomb. Cela leur servait en particulier à approfondir des techniques d’accastillage dans la marine. La Bretagne cultive en effet une importante tradition de production céramique. À ce titre, l’artiste peintre Mathurin Méheut a mis en valeur dans ses œuvres le savoir-faire régional. Un musée Mathurin Méheut a d’ailleurs été créé à Lamballe, sa ville natale. Il est possible de retrouver d’importantes références picturales au travail des potiers bretons.

Le Mont-Saint-Michel et son lien à l’Orient

Enfin, en quittant le Penthièvre, Lawrence d’Arabie a poursuivi son périple jusqu’aux Marches de Bretagne, pour atteindre la baie du Mont-Saint-Michel.

Sur le barrage du Mont se trouve un pupitre en bronze. Des lettres sont gravées sur tout le long de ce dernier. Plus précisément, il s’agit des alphabets de quatre langues : l’hébreu, le grec, l’arabe et le latin. Références à l’histoire de l’écrit, ils sont preuves des apports à la fois d’Orient et d’Occident et témoins du brassage culturel au sein de la baie.

À travers ces personnages historiques, on se rend compte à quel point les cultures s’exportent et ont des influences à l’autre bout de la planète. Dans cette continuité, on peut également citer l’histoire du breton Frédéric Cailliaud, égyptologue. Il a notamment travaillé sur les hiéroglyphes et a contribué au déchiffrement par Champollion.

 

Merci à Kevin Lognoné pour sa contribution à cet article. Vous aussi vous avez des idées d’articles ? Faites-le nous savoir.

À propos de Claire Desrues

Originaire de St-Brieuc, je suis très attachée à la région Bretagne ! C'est pourquoi je suis aujourd'hui la social media manager de Port d'Attache. Enthousiaste et passionnée, je suis bien décidée à mettre du vent dans les voiles et garder le cap pour montrer les richesses de notre belle région !⛵️