© Musée des Beaux-arts de Brest Métropole

La Cordelière, le vaisseau introuvable

Anne de Bretagne a été une grande duchesse pour la France et une grande dame pour la région. Elle a œuvré pour de nombreuses causes et a géré un grand nombre de crises au sein de Royaume de France. Cependant, saviez-vous que l’un de ses navires favoris, La Cordelière, a sombré au large de Brest, il y a plus de 500 ans ? Comme de nombreux navires, me direz-vous, qui ont coulé en mer… Mais celui-ci a la particularité de n’avoir jamais été retrouvé.

Qui es-tu, La Cordelière ?

C’est l’un des navires les plus gros de l’époque : 40 m de long, 200 canons dont plusieurs de gros calibre, pouvant compter un équipage allant jusqu’à un millier d’hommes. Une belle bête, fierté de la flotte bretonne, construite entre 1487 et 1488 au chantier naval de Morlaix, sur l’ordre de François II de Bretagne. Sa fille, Anne de Bretagne, fit rebaptiser le navire La Cordelière, en l’honneur de l’ordre de chevalerie du même nom, après que celui-ci se soit fait appelé La Mareschalle ou La Nef de la Royn.

Nous sommes en août 1512…

Le capitaine Hervé de Portzmoguer a convié l’élite de la noblesse du Léon à une fête qu’il donne à bord de La Cordelière, dans la baie de Berthaume, non loin de la Pointe Saint-Mathieu. C’est une fête digne des plus grands galas organisés par les rois : tout y est fabuleux, excessif, à bord de cet impressionnant navire, entouré de 21 autres bâtiments de la flotte franco-bretonne. La jeunesse léonarde y pointe présente, marquée de ses plus chics habits et ornements, tout comme de riches marchands venus rejoindre l’équipage de fête. Plus de trois cents invités sont réunis pour faire régner l’opulence et la prospérité. Des soirées comme on n’en fait que dans les hautes sphères de la société.

Des navires anglais signalés près d’Ouessant

Si la fête a lieu dans la baie de Berthaume, réunissant au total 22 navires, c’est parce que les époux Anne de Bretagne et Louis XII ont uni leur flotte pour attaquer l’Angleterre d’Henry VIII. Malheureusement, ce dernier a été mis au courant de leur initiative, et c’est comme ça que, au matin du 10 août 1512, 25 navires anglais, menés par Sir Edward Howard, prennent à revers tous les navires présents. Le plus gros de la flotte bat en retraite, laissant La Cordelière et la petite Nef de Dieppe seules face aux ennemis.

Pendant des heures, sous les ordres du vaillant Hervé de Portzmoguer, La Cordelière tient bon, démâtant même plusieurs navires anglais ! Il y a des flammes et de la fumée partout en baie de Berthaume. Et soudain, un grand bruit ! La soute à poudre de La Cordelière a explosé, accélérant son naufrage et celui du navire qu’elle attaquait, le Regent, un vaisseau amiral.

Naissance d’un mythe

La Bretagne est sous le choc, car pendant plusieurs semaines, la mer va charrier des corps, rappelant qu’une partie de sa noblesse est décimée ! Mais l’épisode de La Cordelière va devenir un mythe dans l’Histoire de la Bretagne, car il symbolisera la résistance et l’acharnement face à l’ennemi, ainsi que la persévérance et le courage bretons.

Ce mythe sera d’autant plus solide que La Cordelière reste à ce jour encore introuvable, comme insaisissable.

Une nouvelle campagne de recherches

Durant l’été 2018, le navire André-Malraux a quitté Brest pour investiguer en Mer d’Iroise, à la recherche de La Cordelière. En effet, depuis 500 ans, l’épave n’a jamais été retrouvée. Si l’Histoire raconte le naufrage, elle n’indique pas pourtant le point exact où le navire a sombré. C’est pour cela que le Département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la Culture (DRASSM) a lancé une nouvelle campagne de recherches, afin de (peut-être) retrouver La Cordelière et la petite Nef de Dieppe.

Sonder des bandes de 5 mètres…

L’André-Malraux sonde les fonds marins par bandes de 5 mètres, au large de la Pointe du Petit Minou, sur les 25 km² définis comme la zone de recherches. Un travail d’archéologie sous-marine très minutieux qui a demandé la collaboration de plusieurs entités : la Région Bretagne, l’université Bretagne-Sud, le GIS d’histoire maritime, l’Ensta Bretagne, le Service hydrographique de la Marine (le Shom) et l’Ifremer. Une belle brochette d’organisations qui espère voir cette campagne réussir là où une première mission menée dans les années 1990 avait échoué.

…et éplucher les archives disponibles

Car le succès de la mission ne repose pas que sur le sondage des fonds marins, mais également sur les archives disponibles. Peut-être que quelque part, dans un des dossiers, se trouve un indice sur l’emplacement du naufrage. Un indice qui pourrait aider l’André-Malraux à trouver l’épave de La Cordelière. Cela permettra, en plus d’essayer de trouver des informations sur le combat de 1512, de comprendre un peu plus la vie maritime du XVe siècle en Bretagne. En 2019, les historiens auront même accès aux archives anglaises, jusqu’alors inexploitées !

Un enjeu de taille

En effet, les épaves de cette époque sont très rares, ce qui les rend d’autant plus attirantes pour les chercheurs. Chaque siècle possède ses propres standards en terme d’architecture ou de technique navales. Il suffirait d’une ligne dans un registre, ou d’un point sur une carte, pour soulever le mystère qui rôde autour de ce naufrage de 1512, et pour en apprendre plus sur ce navire de 1488.

La mission de recherche a trois ans pour tenter de retrouver un signe des épaves de La Cordelière, ou de la petite Nef de Dieppe. N’oublions pas que la technologie d’aujourd’hui, toujours plus performante, demande des ressources financières très conséquentes, surtout dans un domaine aussi méconnu que l’archéologie sous-marine.
Cependant, vous pouvez vous aussi participer à l’enquête en y apportant votre contribution historique, ou la soutenir sur Kengo.
Et peut-être qu’un jour, le vaisseau préféré de notre chère Anne de Bretagne retrouvera la surface et révèlera son histoire ainsi que ses secrets les plus enfouis.

À propos de Marnie

Marnie mange le beurre au couteau et en dépit des années passées loin de la France, cette fille de marin est restée très attachée à son Finistère. Un peu chauvine sur les bords, elle aime l'idée de montrer sa région sous un angle différent et elle se base sur une philosophie : nul besoin d'ouvrir les yeux pour voir le monde autrement, il suffit d'ouvrir son esprit.
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