© Julie Khoum | jli_khm

Bretons du monde, Julie de Port d’Attache débarque à Bali

Il y a déjà quelques années, je découvrais la Bretagne. Belle, sauvage, charmante mais indomptable, elle m’a immédiatement plu. Je savais que je ne l’oublierai pas de si tôt. Mais ce que je ne savais pas forcément, c’est que je n’allais pas la revoir tout de suite. J’allais décider de parcourir le globe afin qu’il m’en montre toutes ses beautés, pour assouvir ma soif de curiosité, d’exploration et de découverte. Quoi de mieux comme programme pour rencontrer les bretons du monde ?

Partir à la rencontre de la diaspora bretonne aux quatre coins du globe

Mais ce n’est pas pour autant que j’en ai oublié la Bretagne, au contraire : toujours partante pour penser à elle, dans les moindres recoins de notre planète, je rencontre souvent de chaleureuses personnes qui y sont nées, qui l’habitent : les bretons à travers le monde. Ceux qui ont décidé de la quitter pour un moment, pour longtemps ou jamais vraiment…

Je vous raconte leurs histoires. Qui ils sont, ce qu’ils vivent, combien et comment ils pensent à la Bretagne, où qu’ils soient dans le monde.

Je pratique le surf, et grâce à ça, j’ai une façon de voyager particulière : me laisser aller là où les vagues me traînent. Pour la première grande étape de mon tour du monde, c’était décidé, ce serait l’Indonésie pour ses vagues. Cet archipel d’Asie du Sud Est est le plus grand au monde et comporte autant d’îles qu’il y a de kouign amann dans les boulangeries de Quiberon ou de menhirs à Carnac.

Parmi tout ça, je choisis une île qui m’a toujours fait rêver : Bali.

De la Bretagne à Bali, il n’y a qu’une vague

J’allais être servie : Bali est classée parmi les meilleures îles de la planète en matière de surf. On y trouve des spots quasi tout le long de la côte ouest de l’île. Depuis la péninsule du Bukit, à l’extrême sud, très fréquentée et tendance – the place to be pour toutes rencontres surfistiques – jusqu’à Medewi par exemple, plus au nord. Ce petit village de pêcheurs : plus sauvage, atypique et authentique, moins touristique et avec une vague aussi lisse qu’une motte de beurre bien démoulée. Pour toutes ces raisons, ce n’était qu’une question de temps avant d’y croiser des bretons du monde.

Je ne m’étais pas trompée : ma vie sur place est rythmée par les vagues, les heures des marées et les sessions plus ou moins musclées. Je mange, respire et vis surf des jours durant. Parmi les locaux, je rencontre des gens adorables, avec lesquels je ressens cette forte influence hindouiste très inspirante qui parfume mes journées d’une certaine humilité et sérénité. Mais aussi avec d’autres voyageurs comme moi, et notamment Vincent :

Un breton pur beurre, façonné par les vagues, le vent et les embruns, surfeur et kite-surfeur.

Avec plusieurs ports d’attache au sein de sa belle Bretagne aimée, il est né dans les terres morbihannaises, avait quitté la Bretagne une première fois pour grandir en Guyane française. Il reviendra des années plus tard pour s’installer dans les Côtes d’Armor près des vagues du Nord Finistère, à Lannion sur la côte de granit rose. Il passera ensuite toutes ses vacances plus au sud, à surfer dans l’emblématique et pittoresque baie d’Audierne, qui se trouve être son port d’attache désormais quand il est en France. Les bretons du monde gardent toujours un point d’ancrage non loin du cœur.

Quand Julie et Port d’Attache rencontrent les bretons du monde

Ce créatif né met énormément de nuances de couleurs différentes dans sa vie. Il a choisit le graphisme comme métier, ce qui lui permet d’exercer partout avec son ordinateur. Il connait le Sud Finistère et le pays Bigouden comme sa poche et en décrit facilement chaque vague, chaque galet et chaque parcelle de pré.

Il m’a parlé des éclatantes tulipes de La Torche qui fleurissent au printemps comme d’un tableau peint par la nature et me donna envie de m’y plonger. Pour Vincent, se souvenir d’autant de détails pour me décrire la Bretagne, c’est sa façon de vivre, de se sentir près d’elle, même en étant loin. Vincent est venu comme moi ici : c’est aussi le début de son tour du monde. Pour un bon long moment, sans programme particulier :

Il cherche à explorer le monde, à attiser sa curiosité, à rencontrer, découvrir d’autres cultures et partager.

Et tout ça avec la même ferveur surfistique que moi. Je trouve qu’on se ressemble beaucoup. Et c’est assez naturellement qu’on a décidé de traîner ensemble. Quand il me parle de la Bretagne, je peux la revoir comme si j’y étais. Une chose est sûre : même à l’autre bout du monde, il ne la quitta jamais vraiment. Vincent, c’est le breton qui sale le beurre doux sur ses tartines au petit-déjeuner pour avoir un petit goût de Bretagne chaque jour dans son assiette.

Une rencontre bien iodée

J’aime bien connaître le plat préféré des gens que je rencontre. Quand je lui posa la question, sa réponse m’a fait sourire : le plus simplement du monde, ce qu’il me dit c’est qu’il pouvait, tous les jours, se nourrir d’une bonne galette, cuisinée généreusement avec du beurre, du bon jambon, un oeuf, une pincée de poivre et du gruyère. Les bretons du monde sont terre-à-terre et ça fait du bien.

C’est aussi lui qui m’a appris à avoir envie de dire « yer’mat » à chaque fois que je voulais trinquer à la vie.

Ah c’est sûr avec lui, j’allais en savoir plus sur la Bretagne, même ici, à l’autre bout du monde. Ensemble, on a passé des heures à surfer bien sûr, mais aussi à faire la fête avec d’autres voyageurs rencontrés sur notre chemin. Il a ce truc que tous les bretons possèdent : cet entrain génétique à célébrer la vie. Ça collait extrêmement bien à l’état d’esprit de Bali et à ses habitants.

Un breton à Bali

“I come from Brittany” leur disait-il, à tous les balinais qu’on rencontrait. Et qui répondaient : “Oh yeah, I know Brittany, I love Brittany. People are nice there”. Il adorait ça. Les gens qu’il aimait pas trop ? Certains français qu’on pouvait rencontrer et qui disaient : “Tu viens de Bretagne ? Mais il fait jamais beau là-bas…” Ouais, ceux là, c’était pas vraiment ses copains.

Néanmoins, jamais rancunier et toujours plein de bonhomie, ça ne l’empêche jamais de trinquer bien volontiers avec ces derniers. Tout en se gardant jalousement d’exposer ses arguments pour ne pas rentrer dans un débat. Car finalement selon lui, si tu critiques la Bretagne, c’est que tu ne la mérites pas ou que tu ne la connais pas.

Aujourd’hui, on est toujours en contact. Il vit aux Philippines, surfe tous les jours et cherche à s’installer de manière pérenne tout en partageant avec sincérité avec les gens qu’il rencontre. En respectant les habitants de l’île qu’il a choisit, sa culture locale et l’environnement. Une fois, il m’a évoqué une idée qui l’amuserait beaucoup :

Ouvrir une crêperie, faire découvrir les galettes bretonnes aux philippins et à tous les voyageurs du monde entier qui s’arrêtent dans son port d’attache d’adoption.

Quand les bretons du monde ont bonne presse

J’espère sincèrement qu’il y arrivera. Vincent c’est une superbe rencontre, c’est une des personnes qui m’a montré – prouvé – appris, qu’on pouvait être loin de sa terre natale mais toujours s’en sentir aussi proche. Il m’a aussi appris comment on pouvait partager ses origines et sa culture avec toutes les personnes qu’on rencontre tout en étant profondément curieux et en s’intéressant réellement à chaque histoire et chaque individu.

Vincent c’est le gars qui dit « Yer’mat » à chaque fois, avec tout le monde, même [et peut être surtout], avec les locaux qui lui apprennent en ce moment le bisaya, dialecte parlé dans sa région des Philippines. Là où il est aujourd’hui, je me pose cette
question : combien de philippins trinquent en disant « yer’mat » désormais ? Sûrement beaucoup plus qu’avant son passage.
Des bretons du monde aussi attachants, j’en rencontre souvent sur ma route, prochaine destination… le Nicaragua.

À propos de Julie

Sac à dos toujours sur le dos et avec des dizaines de ports d’attache dans le cœur, Julie est une voyageuse insatiable. Mi-femme, mi-poisson, elle est passionnée des sports nautiques et suit les vagues à la recherche de son prochain pied-à-mer. Amoureuse de la Bretagne elle nous raconte comment elle la retrouve durant ses voyages, même à l’autre bout du monde.